Introduction par Gilles Chappaz

Il a tellement à dire.
Sa façon de dérouler le fil de sa vie est faite de douceur, de tranquillité et d’humilité. Il agrémente joliment son récit de mille et une anecdotes, et l’enrichit de petites histoires en apparence anodines. Les mots sont simples et directs. Le verbe est coloré et précis. Le débit est assuré et solide. Pas de doute, l’homme aime raconter. Se raconter aussi.
Mais avant les mots, c’est son sourire et ses yeux bleu glacier qui vous accrochent en premier. Ils vous tiennent alors pour ne plus vous lâcher.
Vous êtes sous le charme d’un homme rare que la patine du temps a préservé, lui sculptant un visage d’une extrême douceur.allais_portraitthierry-guillot La blancheur neige de ses cheveux en liberté calculée contraste joliment avec un bronzage de moniteur.
Émile Allais est là, devant vous, solide, élégant, prévenant.

Il est beau, impressionnant, charmant. Et il est volontiers loquace dès qu’il s’agit de dérouler le fil de son exceptionnel parcours.
Même si, et il ne s’en cache pas, cela le flatte qu’on vienne lui rendre visite, cela l’étonne un peu qu’on le tarabuste avec des questions auxquelles il a répondu mille fois. Après tout qu’a-t-il fait de si rare pour que les plus jeunes veuillent bien s’intéresser à lui ? Vivre sa passion à fond et « bien faire les choses » : quoi de plus naturel en somme ? Sauf que le « bien faire les choses » dans le cas présent sort de l’ordinaire.

Comment définir Émile Allais à ceux, beaucoup trop jeunes ou ignorants des choses du ski, pour qui le nom évoque bien quelqu’un, mais dire qui…

On imagine aisément le dialogue.
- Émile Allais… Émile Allais ! ? Euh, ce ne serait pas un humoriste par hasard ?
- Ah, non, l’auteur de quelques aphorismes raffinés et pétaradants se prénommait Alphonse. Un as du comique absurde et de la mystification… On lui doit l’inoubliable : « Non, la stérilité n’est pas héréditaire » ou encore « L’argent, tout compte fait, aide à supporter la pauvreté. » Et celle-là, l’une des plus célèbres, la préférée de notre Émile : « Il faudrait construire les villes à la campagne. L’air y est plus sain. »
- C’est l’économiste alors ?!
- Non, pas plus ! Le prix Nobel 1988 qui a mis au point une théorie des  marchés de la monnaie et du crédit s’appelle Maurice.
Cet esprit brillant, par ailleurs académicien français, est également connu pour son fameux « paradoxe d’Allais »…

- Alors, je ne vois pas…

- Eh bien, Émile Allais c’est « un skieur » ainsi que le définit le Petit Larousse, dans lequel il figure encadré par ses deux célèbres homonymes : « ALLAIS (Émile), Megève 1912, skieur français. Champion du monde de la descente, du slalom et du combiné en 1937, il a promu une nouvelle méthode de ski. »
Voilà une définition qui éclaire les béotiens, mais trop brève pour dire la carrière et la place uniques d’un personnage central dans l’univers de la neige et de la montagne. Quel adjectif, bon sang, accoler à cet Allais, ce nom propre qui résonne comme un nom commun dans l’inconscient collectif du monde de la neige ?


Cet homme est un pionnier, un créateur, un inspirateur.
Il a marqué l’histoire du ski moderne en dessinant une trace qui jamais ne s’effacera. Aujourd’hui, on l’a dit, il ne s’en vante pas plus que ça. Jamais Émile n’a roulé les épaules, ni joué les fanfarons dans les salons à la mode, où souvent on le reçut et le fêta. Sa vie, il s’est juste contenté de l’occuper à plein-temps à en conjuguer les verbes d’action : faire, avancer, réaliser, oser, créer, innover, inventer. Accomplir pour s’accomplir. Des verbes directs d’une existence faite de passion et d’engagement, avec, pour ligne d’horizon, toujours, l’excellence.

 

Émile Allais s’est retrouvé, et jamais par hasard, à l’origine de tous les moments fondateurs du développement du ski…
Les premiers titres de gloire du ski français, c’est lui, premier tricolore médaillé olympique et quatre fois champion du monde.
La première technique française digne de ce nom, c’est lui !
Le premier moniteur de ski diplômé (médaille n° 1), ou le premier champion français à l’export, c’est encore lui. Le métier de pisteur, c’est toujours lui. Les innovations technologiques en matière de ski (Allais 41, Allais 60, Allais major), de fixations, de lunettes, que sais-je encore, c’est toujours lui.
Et qui retrouve-t-on à l’origine du développement exponentiel de Méribel, Courchevel, La Plagne, ou encore Flaine ? Émile bien sûr ! Serviteur inlassable du monde du ski.
Il avait tout : la chance, le flair, le feeling, le talent. Là où l’innovation pointait le bout de son nez Allais savait la détecter. Il y mettait toute sa curiosité, son bon sens montagnard, son goût du détail et beaucoup, beaucoup de réflexion.
Oui, cet homme à la carcasse solide et au coeur increvable est une rareté. Montagnard, skieur, pionnier, champion, technicien,
bâtisseur, aménageur, visionnaire… Il fut tout cela et fit tant d’autres choses encore. N’est-il pas temps de lui rendre hommage ?
Émile Allais file sur ses 99 ans…


Son palmarès :Emile_Allais_compétiteur

ÉMILE ALLAIS : 10 MÉDAILLES AUX J.O. ET CHAMPIONNATS DU MONDE
DONT 4 TITRES DE CHAMPION DU MONDE

En 1935, il obtient au championnat du monde de Mürren (sui) :

2e place en descente
2e place au combiné

En 1936, aux J.O. de Garmisch-Partenkirchen (GER) :
3e du combiné
3e du slalom
4e de la descente


En 1937, il obtient au championnat du monde de Chamonix (FRA) :
1er du slalom
1er de la descente
1er du combiné


En 1938, il obtient au championnat du monde d’Engelberg (SUI) :
1er du combiné
2e de la descente
2e du slalom

 
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